La confiance : clé de voute du monde d’après ?

1 décembre 2020

Situation d’exception rime avec remise en question. L’incertitude de la période replace la confiance au cœur du débat là où l’on pensait cette valeur dépassée, reléguée. Elle rejaillit avec force dans les discours, mais pas seulement. Dans le monde d’après, elle pourrait être la clé de nos nouvelles synergies. Accordons-nous un temps de réflexion, et partageons quelques convictions.

QUAND L’INCERTITUDE REMET LA CONFIANCE AU CENTRE

La crise sanitaire a marqué un énorme coup d’arrêt et nous a dit une chose : tout ce que l’on sait, c’est que l’on ne sait plus. Dans le monde d’avant nous étions dans une sorte de frénésie du résultat immédiat, de l’individualisme, d’une course effrénée à la performance, et surtout les uns à côté des autres. Depuis 15 ans et avec l’avènement du digital, la société s’est construite sur l’individu et non plus sur le collectif.

La pandémie est passée par là, et en quelques semaines, nous voilà plongés dans l’incertitude. Là où nous savions exactement où nous allions, toutes les cartes sont rebattues. Cette incertitude nous ne l’avions plus connue depuis des décennies. Aujourd’hui, face à la crise sanitaire notre avenir repose notamment sur nos gouvernants. Nous le remettons entre leurs mains. Nous n’avons d’autre choix que de leur faire confiance.

Cette crise est l’occasion d’un changement de paradigme qui remet donc la confiance au cœur du contrat social. Tous les domaines sont secoués. De nos vies personnelles au champ économique, nul n’est épargné. Cet état d’incertitude remet la confiance au premier plan. La première précède l’autre et elles sont intimement liées, nous amenant à trois constats en ces temps troublés :

  1. dans une telle situation d’incertitude, la confiance est essentielle, l’individualisme ne marche plus, ne permet plus d’avancer
  2. l’incertitude crée un état de doute, ceux qui sont le mieux à même d’affronter les doutes sont ceux qui ont le plus confiance en eux
  3. ce dont est sûr le dirigeant d’aujourd’hui, c’est qu’il n’est sûr de rien et qu’il se doit de faire confiance à ses équipes pour aller dans la bonne direction

QUELLES CONDITIONS DE LA CONFIANCE ?

Dès lors comment retrouver les conditions de cette confiance si indispensable ? Le monde de l’entreprise, qui modèle notre quotidien, nous offre un formidable prisme pour répondre à cette question cruciale, et se forger des convictions.

Tout d’abord, il faut renouer avec une forme d’humilité pour accéder à cette confiance. En remettant à d’autres – gouvernants, dirigeants, managers – les clés de son avenir, c’est une grande responsabilité qui incombe à ces derniers : la responsabilité de faire confiance en retour. Finie la posture du « control & command ». Pour avancer collectivement, puisque nous n’en avons désormais plus le choix, les personnes « en responsabilité » doivent être capables de dire « aidez-moi à vous aider ». Elles doivent faire confiance aux collaborateurs pour qu’ils trouvent de nouvelles solutions. Le télétravail qui s’impose à beaucoup d’entre nous aujourd’hui est un bon exemple de ce rapport de confiance et d’humilité devenu nécessaire.

Ensuite, confier une partie de la solution au collaborateur c’est lui faire gagner en confiance en lui. Investi de sa mission, en autonomie, il s’engage plus volontiers au service du collectif. En lui conférant une réelle capacité à faire, sans lui dire ce qu’il doit faire, le membre de l’équipe se responsabilise et prend plus de plaisir dans ses tâches. Il n’est pas un simple exécutant, mais un rouage essentiel de l’intelligence collective. L’autonomie acquise lui permet d’être à l’initiative, d’apprendre par la pratique, en essayant. Sa satisfaction augmente et sa performance s’en ressent. À l’échelle de l’organisation, une culture nouvelle s’instaure, une « culture différente », pour aller au-devant de l’incertitude.

Pour le manager ou le dirigeant, enfin, créer les conditions de la confiance c’est aussi savoir lâcher prise. Ne pas chercher à apporter des réponses toutes faites, ne pas « expliquer ce qu’il faut faire », mais être là, présent. Aider le membre de l’équipe qui est dans l’incertitude à faire le chemin pour trouver la solution. Une solution qui ne serait pas forcément celle que le manager a en tête, mais qui aurait le mérite de lui faire tester de nouvelles approches auxquelles il n’aurait pas eu l’occasion de penser. Déléguer ou dire « j’ai confiance dans votre capacité à m’aider », c’est difficile, mais c’est possible. Et c’est surtout un mode de collaboration fertile, constructif, qui profite à tous.

UNE RAISON D’ÊTRE, POUR DONNER DU SENS

« Pour naviguer sur les mers de l’incertitude il faut avoir un point fixe ». Cette citation de Robert Branche résonne particulièrement à l’heure du covid, car, pour les entreprises comme la plupart des gens, nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à s’orienter. Ce que nous apprend la crise sanitaire et ses soubresauts, c’est qu’en effet il faut une raison d’être à nos activités, pour leur donner du sens. Soustraire la vocation financière de l’entreprise à une vocation sociétale, de progrès.

Donner du sens, c’est aussi conférer une autre dimension au travail. Il ne s’agit plus de rémunérer des employés, mais de rétribuer des personnes pour des actions qui vont contribuer à une réalisation collective. Cette approche contributive change la perception du rapport au travail. Elle permet de se réaliser et génère de la confiance.

L’INCERTITUDE, NOUVEAU PARADIGME DE LA CONSTRUCTION COLLECTIVE ?

Plus le monde est incertain, plus il faut faire confiance à ceux qui nous entourent. C’est notre conviction. Passer d’une époque pleine de certitudes, de formalisme et de courte vue à un avenir désormais inconnu, mais qui fait rejaillir un des fondamentaux de la collaboration, la confiance. N’est-ce finalement pas l’opportunité d’une liberté retrouvée ? D’un humanisme que nous avions perdu de vue ? D’un nouveau paradigme de construction collective où tout serait à réécrire ?

Plus près de nous, dans l’entreprise, de nouveaux modes de collaboration n’attendent qu’à prendre leur essor pour donner corps à cette nouvelle donne. Parmi les douze grands principes du manifeste agile, celui-ci trouve un écho tout particulier dans le contexte actuel : « réalisez des projets avec des personnes motivées, fournissez-leur l’environnement et le soutien dont elles ont besoin et faites leur confiance pour atteindre les objectifs fixés ». La confiance est bel et bien l’une des valeurs portées par l’agilité, cette approche dont tout le monde parle.

C’est également un des fondements de l’approche collaborative en laquelle nous croyons. Donner du sens, du rythme, fixer des rôles quand on veut jouer en collectif, ça exige de la confiance. La controverse, incontournable dans la mise en place d’un échange fertile à plusieurs, passe par cette confiance. Comment mettre en place une conversation de groupe sans cette confiance quand le prérequis de la prise de parole est : « ne pas se sentir juger sur ce que je vais dire » ?

Dans l’approche collaborative, la confiance est sous-tendue à tout instant. Et elle marche dans les deux sens. Le dirigeant doit faire confiance à ses équipes tout comme celles-ci doivent pouvoir se fier à sa capacité à mener le collectif sur le bon chemin. Et finalement, si l’incertitude des temps nous amenait à nous rapprocher et à enfin avancer dans une voie commune, alors nous pourrons parler de confiance retrouvée.

Olivier Deroubaix, associé fondateur, overthemoon


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