Innovation et télétravail, le mariage impossible ?

20 juin 2022

Il y a quelques mois, nous faisions paraitre un article, co-écrit par Florence Cathala, présidente d’overthemoon et Jean-Philippe Fournier, directeur de l’excellence opérationnelle du groupe Mersen, qui questionnait la capacité à maintenir une dynamique d’innovation dans un monde qui devient par nécessité virtuel.


Pour aller plus loin, nous avons interrogé notre écosystème sur sa perception : selon lui, le télétravail avait-t-il accéléré ou ralenti le processus d’innovation ? À ma grande surprise, les avis ont été très exactement partagés en deux : 48 % en faveur d’une accélération du processus d’accélération vs 52 % en sa défaveur. Alors, qu’en est-il vraiment : accélération ou décélération ?

Un nouveau geste qui paraissait impossible

Ce qui est évident, déjà, c’est que la période Covid a été une caisse d’amplification incroyable. Les innovations sur les modes de travail ont été réelles, et ont permis d’installer de nouveaux fonctionnements qui paraissaient impossibles jusqu’alors. Dans ce sens, c’est une vraie accélération : travail à distance, hybridation, utilisation des plateformes collaboratives, structuration des espaces de travail (même si nous n’en sommes qu’au début !)…


Mais qu’en est-il sur le processus d’innovation de l’entreprise, sur ses produits, son positionnement, sa créativité digitale ?

Une efficacité redoutable… à redouter ?

Nous avons tous pu en faire l’expérience : les réunions Teams ou Zoom sont d’une efficacité redoutable. Précisément planifiées et timées, nécessitant une grande préparation si on veut obtenir un résultat, obligeant (de facto) les uns et les autres à s’écouter du fait du mode de communication asynchrone… mais reste-t-il une place laissée à la créativité dans cette super efficacité ?


Récemment, un article publié dans Nature exposait les résultats d’une expérience menée sur 2 groupes d’étudiants, l’un en télétravail, l’autre en mode présentiel. Ces résultats sont sans appel, le groupe en présentiel produit 15 % d’idées en plus que le groupe en télétravail.


En revanche, une fois que cette phase de créativité a permis de proposer et choisir les idées à suivre, les phases suivantes (maturation, co-construction…) ne sont pas impactées par le fonctionnement dans un cercle virtuel.


Plusieurs pistes pour expliquer le phénomène sont avancées dans l’étude, et nous avons tous expérimenté ces difficultés : nécessité d’une ultra concentration sur les visages qui s’affichent sur l’écran (y compris le sien) ce qui laisse peu de place au « vagabondage » nécessaire à la génération d’idées, plus faible capacité au rebond entre les idées, moins de place laissée également aux phénomènes de sérendipité qui émerge parfois de la discussion.


Mais aussi une difficulté à capter les retours « physiques » produits par l’échange d’idée qui nécessite de focaliser son attention sur l’écran encore une fois, et une nécessité d’attendre « son tour » pour parler.

Quelles pistes pour préserver la créativité ?

Qu’on se rassure, nous ne sommes pas les premiers à mener cet apprentissage, car il existe de nombreuses organisations qui ont depuis des années structuré le travail à distance et l’utilisent au quotidien. Quels sont leurs enseignements ? Sans surprise, miser sur des formats présentiels en complément du mode distanciel pour conserver la dynamique créative des équipes. Deux pistes pour préserver la créativité, issues de cet apprentissage :

  • Pour les moments de créativité liés à un processus d’innovation formel comme, par exemple, l’animation du processus d’innovation produit, la meilleure pratique consiste à organiser ces moments, 2 ou 3 fois dans l’année, sur des temps bien identifiés, en mode présentiel et avec l’ensemble des participants concernés, incluant les parties prenantes comme les fournisseurs par exemple. Cela peut prendre la forme d’un séminaire innovation, d’un hackathon ou d’une communauté de pratique. C’est un moment précieux et un investissement important pour l’organisation, la préparation de ce moment est clé. D’ailleurs, la qualité du lieu choisi pour accueillir les participants est essentielle et influera sur le résultat final. Les équipes sont en mesure d’inscrire ce temps fort dans les agendas dès le début de l’année et de s’y préparer.
  • Pour les moments de créativité liés aux pratiques plus « quotidiennes » comme l’amélioration continue, le présentiel est là aussi incontournable. Il est tout d’abord important de s’assurer qu’on a bien organisé un rituel d’équipe propice à la créativité comme un déjeuner après une synchronisation d’équipe, un moment collectif informel d’échange après un partage d’information. Il s’agit plutôt dans ce cas de re-créer des échanges type « machine à café ». Car pour que ces échanges aient lieu il faut… qu’on soit tous autour de la machine à café ! Or, dorénavant, cela ne va plus de soi, et obtenir ces moments nécessite qu’on y travaille et qu’on les organise. Il faut donc réserver dans le rituel à distance, un moment clairement identifié, avec une méthode d’animation qui rompt avec la partie synchronisation et qui laisse place à une réflexion libre, ce moment peut être la facilité par un outil collaboratif pour faire émerger des idées, les prioriser avant de les discuter.


Dans l’accompagnement qu’overthemoon mène auprès des managers, nous travaillons régulièrement avec eux à concevoir, structurer et articuler ces différents moments en présentiel, ces temps forts essentiels qui enclenchent, rythment ou boostent les processus d’innovation des organisations.


Cela nécessite à la fois d’installer les temps dédiés, le mode de fonctionnement et les règles qui vont avec, mais aussi de donner au manager les moyens pour engager son équipe dans cette aventure et créer des moments qui font valeur.

Et demain ?

Aujourd’hui, seul le fonctionnement présentiel nous offre ce mode de fonctionnement synchrone, qui ouvre la créativité et l’inspiration, permet les échanges, y compris non verbaux, et un engagement « du corps ».


Il existe quelques technologies du type téléprésence qui permettent une expérience immersive et une communication synchrone, mais les équipements et technologies pour la mettre en œuvre ne sont pas à la portée de toutes les bourses.
Demain, le métaverse dont on parle tant pourrait amener une nouvelle piste de solution. C’est un environnement qui offre cette communication synchrone et la capacité d’échange et de rebond. À la double condition de travailler avec des avatars suffisamment fidèles pour offrir une expérience professionnelle de qualité et… de ne pas avoir le mal de mer 🙂 !

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