Immobilier, construction : « la méthode et le modèle industriel se doivent d’être agiles »

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21 janvier 2021

Faire bouger le bâtiment, possible ? Pour Xavier Jaffray, serial entrepreneur et père d’un nouveau modèle de construction inspiré du « lean » avec sa start-up LECO, c’est une nécessité. Il partage sa vision pour le secteur, ses envies, et revient sur son parcours dans notre blog en se prêtant à l’exercice de l’interview, en visio et en toute décontraction.

Xavier, qui êtes-vous et qu’est-ce qui vous motive ?

J’ai d’abord fait une formation d’ingénieur avec des amis qui ne voulaient pas être salariés mais entrepreneurs. J’étais dans la même optique. J’envisageais de lancer ma première boite pendant mes études, avec son lot de challenges pour se financer notamment. Parallèlement, je travaillais chez Toyota où les pratiques (lean, kaizen) me parlaient, étaient en résonnance avec mes valeurs. J’y suis finalement resté 4 ans.

Puis, à 27 ans j’ai eu la chance de devenir patron de la 1ère usine mondiale de Bic à Redon. J’avais la responsabilité d’un site très automatisé de près de 450 personnes, un vrai labo grandeur nature. J’y ai appris à prendre des coups. Super expérience.

À 30 ans j’ai cherché un environnement dans lequel créer quelque chose. Je ne voulais pas d’une carrière linéaire. Évoluer dans l’entreprise c’était gagner de l’argent mas pas de perspectives funs. En pleine réflexion, je me demande dans quel domaine je pourrais apporter le plus. Je décide de bifurquer vers le bâtiment pour lequel j’avais développé un intérêt, et où il y avait encore des choses à créer.

J’ai donc racheté une première entreprise de 30 personnes. Avec un copain, on a créé une marque commune tout en restant chacun indépendant pour accompagner la transmission d’entreprises dans le bâtiment : Ekkô Batiment. Nous avons pu aider à la réalisation de 8 rachats en 2 ans. Ça a très bien marché.

En 2009, rencontre avec Nexity. L’idée : rechercher de nouvelles voies industrielles. Nous signons un contrat-cadre de 2000 logements par an en bois. On lance un 1er programme, le POC est validé.

Quelques freins sur un second projet m’ont incité à repartir d’une page blanche. Je voulais retrouver une liberté de penser hors du système établi. J’ai voulu réappliquer ce que j’avais fait dans l’industrie : lean management, Kaizen… Je n’ai plus cessé d’entreprendre depuis.

Pourquoi j’ai la pêche ?

Aujourd’hui ce qui me donne la pêche c’est d’être en lien avec les gens sur le terrain, les opérateurs, les ouvriers, etc. Un environnement et des gens avec lesquels je me sens bien. Et en même temps d’avoir une vision globale, de stratégie et de système, pour connecter ces deux mondes.

Les gens avec qui je suis sur le terrain sont pleins de bon sens et très pragmatiques et c’est ce que j’aimerais pouvoir retranscrire, ou en tout cas retrouver dans « l’autre monde ». Ce qui me plaît c’est de travailler avec des gens qui sont heureux d’être là, et de choisir les gens avec qui je peux le faire.

Quel est votre métier ? La promesse de LECO ?

Je me conçois comme un intégrateur, pour l’industrie. Intégrer des compétences pour produire un résultat, ce qui n’existe pas dans le bâtiment. Aujourd’hui mon métier c’est celui de l’entreprise générale. C’est la coque qui me permet d’effectuer cette intégration.

La promesse est simple : prix, délais, qualité. Un triptyque simple dans un environnement réglementaire mouvant, le RT 2020 (réglementation thermique). Le référentiel change, et la question des prix, des délais et de la faisabilité se pose à chaque changement. Mon rôle, c’est de permettre à mes clients de rentrer dans leur bilan une ligne de coût fiable et maîtrisée très tôt.

Tout le secteur de la construction et du bâtiment vit une transformation profonde en particulier en raison des nouvelles exigences environnementales…

Quel est votre regard sur cette transformation ?

Les gens du bâtiment cherchent une standardisation produit, or c’est la méthode qui doit être normalisée. On ne construit pas une maison sur un terrain standard. Il est toujours différent. Les composants dans le bâtiment sont standards parce qu’ils répondent à des fonctions qui sont souvent les mêmes. Pour un hôpital par exemple : « Chambre-Déplacement-Chambre ». La méthode et le modèle industriel se doivent d’être agiles.

Les majors savent aujourd’hui qu’elles doivent construire un modèle à côté de ce qui existe, car l’énergie à mettre dans la transformation est démesurée. Le monde de la construction vit en circuit fermé. Il n’y a pas de ponts entre les autres pans de l’économie et le métier de la construction et de l’immobilier. Son référentiel est déconnecté des autres pans de l’économie. Il a son propre référentiel, son propre cursus de formation, etc. Il est malheureusement spectateur de ce qui se passe autour de lui.

Comment voyez-vous l’avenir du secteur ?

Alors il y a 2 choses, repartir à zéro, avec de nouveaux modèles qui vont ouvrir le champ des possibles. Ça demande des moyens pour passer d’une approche nouvelle, une page blanche, à un modèle structuré. Dans cette optique, s’appuyer idéalement sur la commande publique et ses parties prenantes, notamment en phase d’accélération, pour pouvoir porter les plus projets dans la durée.

Ensuite, créer des ponts avec les autres domaines industriels qui regardent vers le bâtiment. Pour ce faire, créer un modèle industriel qui soit accessible et ouvert au plus grand nombre, qui ne soit pas un modèle de spécialistes. Un ouvrier automobile peut par exemple piloter un site de construction robotisé ou utiliser des outils qu’il ne connaît pas s’il est correctement formé. Je rêverais qu’on puisse faire des ponts avec les autres industries, dont certaines en difficulté, à qui on pourrait donner de l’air.

Dans les deux cas, une volonté politique est nécessaire. Pour déclencher la commande publique et l’orienter. Nous pouvons former les gens, transformer une société industrielle ou des installations existantes en un outil de production de logements par exemple. Mais aujourd’hui, il y a un gap énorme entre l’intention publique et les moyens concrètement mobilisables.

Quels leviers pour une meilleure collaboration au regard de votre expérience du secteur immobilier ?

Déjà, d’un point de vue pratico-pratique, que les gens apprennent à utiliser les outils collaboratifs, savoir s’en servir. On parle de plateforme d’échange documentaire, etc. Aujourd’hui ça paraît très basique, mais c’est clé :être à l’aise avec ces plateformes technologiques et les outils disponibles. C’est vraiment un prérequis, car le cas contraire est un vrai frein à une bonne communication.

Alors, on peut travailler en transversal. C’est-à-dire que tout le monde sait à quel moment de la chaîne de valeur il intervient et est légitime sur sa compétence. La colonne vertébrale c’est la méthode. Ça permet aux gens de se projeter, tout le monde est informé tout le temps grâce aux plateformes. On ne noie pas les gens sous l’information, mais l’information qui leur est nécessaire est tout le temps accessible. Chacun est responsable de sa compétence sur le projet global. D’autant plus important quand des dizaines de personnes interviennent sur un même chantier.

Le lâcher-prise managérial ça vous parle ? Comment l’appliquer ?

Le choix de la confiance, il doit être complet. Dans le fond, on veut tous faire confiance et contrôler en même temps. Je veux bien changer, mais en gardant un petit pied dans ce que je faisais avant. Ça, ça ne fonctionne jamais. Aujourd’hui, on doit prendre le risque de la confiance. Pour emprunter une phrase à un partenaire (Jean-François Zobrist) : « à partir du moment où je dépense plus d’argent et d’énergie à contrôler que ça se passe bien (sans que ça se passe bien), qu’à laisser-faire et que ça se passe mal, je prends assez peu de risque à faire confiance ».

Le 2d point, c’est quand tu te rends compte que le levier émotionnel est bien plus fort que le levier analytique… Sur le principe, on est tous d’accord. Après, il faut pouvoir se l’appliquer à soi et avec ses collaborateurs. La vraie question c’est de se dire pourquoi on fait les choses. De mettre du sens dans ce que l’on fait. Ce sera toujours plus porteur qu’un argument purement rationnel.

Propos recueillis par Florence Cathala, Fondatrice d’overthemoon

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